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 TS cours "La raison et le réel" II et III (cours + textes)

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N. Vauthier (Admin)
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MessageSujet: TS cours "La raison et le réel" II et III (cours + textes)   Jeu 1 Nov - 9:24

terminale S : Suite du cours sur "La raison et le réel"

Voici la suite du cours sur "La raison et le réel" : Nous reprendrons bien sur ce cours dès la rentrée : mais vous pouvez prendre de l'avance en lisant (avec passion) les pages qui suivent ! Bon courage pour la préparation du bac blanc


(plan : II - Comment atteindre la vérité ? 1) douter ? a) Platon, b) doute sceptique et doute méthodique, 2) déconstruire (Bachelard), 3) Construire), III Des limites à cette recherche 1) Se contenter de l'opinion 2) s'approprier la vérité ?

II Comment atteindre la vérité ?
1) Douter ?

a) Pour Platon, la vérité ne peut pas venir de l'opinion qui est changeante et relative. Elle ne peut venir que de la science qui est immuable et universelle. Platon s'oppose ici au relativisme de Protagoras ("l'homme est la mesure de toute chose"). L'opinion ne produit que des discours superficiels, infondés qui portent sur l'apparence des choses. Seule une réflexion sur "l'essence" des choses peut mener à des vérités.



L’allégorie de la caverne, utilisée par Platon dans le livre VII de la République, témoigne de la méthode nécessaire pour passer de la « doxa » (l’opinion) à la connaissance. Dans ce dialogue, Socrate s’adresse à Glaucon (jeune frère de Platon). L’allégorie est un récit imaginaire destiné à représenter et faire comprendre une théorie (ne pas chercher de vraisemblances dans le récit !)

La 1ère étape de l’allégorie : Socrate décrit des prisonniers enchainés depuis leur enfance dans une caverne qui représente bien sur l’ignorance, le fait de se contenter d’opinions, préjugés : c’est le monde sensible, des apparences, de la croyance, de l’imagination. (cf Descartes « Nous avons tous été enfants avant que d’être hommes », et l’état de « minorité intellectuelle » chez Kant) Un petit schéma est visible sur le site suivant : http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/ARTICLES/graphall.htm


Socrate — Représente-toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.
Glaucon — Je vois cela.
Socrate — Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre, en bois et en toute espèce de matière. Naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.



La 2ème étape : (à partir de « voici un étrange tableau … ») : Socrate montre l’étendue de l’erreur dans laquelle vivent les prisonniers (= nous) : Ils « croient » savoir car leur vision du réel se limite à ce qu’ils perçoivent : Bien sur ils n’ont pas conscience de ne percevoir qu’une infime partie du réel. La véritable « réalité » étant de l’autre coté du muret. Ils sont donc doublement ignorants (ignorance du réel et ignorance de leur propre ignorance)

Glaucon — Voilà, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.
Socrate — Ils nous ressemblent, répondis-je. Penses-tu que dans une telle situation ils n'aient jamais vu autre chose d'eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face?
Glaucon — Comment cela se pourrait-il s'ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie?
Socrate — Et pour les objets qui défilent n'en est-il pas de même?
Glaucon — Sans contredit.
Socrate — Mais, dans ces conditions, s'ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu'ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu'ils voient?
Glaucon — Nécessairement.
Socrate — Et s'il y avait aussi dans la prison un écho que leur renverrait la paroi qui leur fait face, chaque fois que l'un de ceux qui se trouvent derrière le mur parlerait, croiraient-ils entendre une autre voix, à ton avis, que celle de l'ombre qui passe devant eux?
Glaucon — Non par Zeus.
Socrate — Assurément, de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués.
Glaucon — De toute nécessité.


La 3ème étape : (à partir de « Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes ») : La délivrance représente le passage du « monde sensible » au « monde intelligible », de l’ignorance à la connaissance. Pour Platon en effet, le monde perçu n’est que le reflet du monde intelligible ou « monde des Idées ». Pour connaitre les Idées (du beau, du juste, du vrai), l’homme doit s’élever au-delà des approximations du monde sensible et se libérer des opinions. Mais cette libération est difficile (étapes/ cf Kant : le passage semé d’embûches de la minorité à la majorité : la tentation de se réfugier dans la minorité réconfortante).

Socrate — Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu'on les guérisse de leur ignorance. Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. En faisant tous ces mouvements il souffrira, et l'éblouissement l'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un vient lui dire qu'il n'a vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l'oblige, à force de questions, à dire ce que c'est, ne penses-tu pas qu'il sera embarrassé, et que les ombres qu'il voyait tout à l'heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu'on lui montre maintenant?
Glaucon — Beaucoup plus vraies.
Socrate — Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés? N'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu'un lui montre?
Glaucon — Assurément.
Socrate — Et si, reprise-je, on l'arrache de sa caverne, par force, qu'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche pas avant de l'avoir traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement et ne se plaindra-t-il pas de ces violences? Et lorsqu'il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies?
Glaucon — Il ne le pourra pas, du moins au début.
Socrate — Il aura, je pense, besoin d'habitude pour voir les objets de la région supérieure. D'abord ce seront les ombres qu'il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.
Glaucon — Sans doute.
Socrate — À la fin, j'imagine, ce sera le soleil, non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit, mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu'il pourra voir et contempler tel qu'il est.
Glaucon — Nécessairement.
Socrate — Après cela il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c'est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d'une certaine manière, est la cause de tout ce qu'il voyait avec ses compagnons dans la caverne.
Glaucon — Évidemment, c'est à cette conclusion qu'il arrivera.


Socrate ajoute que le prisonnier libéré (tel le philosophe ou le scientifique enfin dégagé de ses erreurs passées) peut souhaiter retourner dans la caverne afin d’aider ses anciens compagnons à se libérer à leur tour : Il se fera moquer de lui car ses yeux ne sont plus habitués à la caverne : cf la moquerie de la servante de Thrace à l’égard de Thalès. Les autres prisonniers refuseront d’être « réveillés » : cf les athéniens chassant le « taon qui les aiguillonne ». Il prédit même que s’ils le pouvaient, « ils le tueraient », comme les athéniens qui condamneront Socrate à mort.

conclusion :Aucune vérité ne peut être atteinte si les hommes ne commencent pas par se débarasser de leurs opinions, croyances, préjugés : mais ceci nécessite un effort violent pour lequel ils ont besoin d'être aidés (dans la 2ème étape du texte, Platon dit bien que l'on doit "forcer" ce 1er prisonnier à sortir de sa caverne)

voir aussi dans votre livre Magnard pages 60 et suivantes (le texte de l'allégorie)





Dernière édition par N. Vauthier (Admin) le Mar 6 Nov - 5:01, édité 11 fois
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MessageSujet: Cours Raison-réel II - 1) - b) (suite)   Jeu 1 Nov - 9:41

II - Comment atteindre la vérité ?
1) Douter

b) Doute sceptique et doute méthodique.

« Pour bien penser, il faut commencer par douter » ALAIN

Pourquoi et de quoi douter ?

Pour les philosophes sceptiques[/, il n’existe QUE des opinions toujours variables, toujours fragiles.

Contrairement à Platon, ils pensent que la critique des opinions (cf a) ne permettra pas d’accéder ensuite à des vérités inébranlables.

Le scepticisme est une école de philosophie fondée au 3ème siècle avant J-C par PYRRHON d’ELIS. Il s’inspire entre autres de la pensée de PROTAGORAS (cf a), pour qui tout est relatif, « à chacun sa vérité ».

Les sceptiques affirment que l’homme ne peut jamais être absolument certain d’être arrivé à une vérité : Un doute peut toujours subsister ; Donc on doit « suspendre son jugement » et s’interdire d’affirmer « vrai » quoi que ce soit.

On parle alors de « relativisme » intégral.

C’est difficilement soutenable, car (comme Platon l’a fait remarquer) le sceptique affirme au moins « une vérité », c’est sa propre théorie, à savoir qu’il n’y a pas de vérité !!

Même si on peut critiquer le scepticisme, il n’en demeure pas moins que cette philosophie reste une [b]incitation à la VIGILANCE et à la MODESTIE
intellectuelles, ce qui est déjà beaucoup !!

Ce courant de pensée se retrouve sous une forme modérée chez des philosophes comme HUME au 18ème siècle ou comme RUSSELL au 20ème. Pour eux le scepticisme est d’abord un moyen de combattre le DOGMATISME et de mettre en garde notre raison contre ses propres excès de confiance ! (cf texte de Russell)


voir aussi dans votre livre Magnard le sujet de dissertation page 416 : "Toutes les opinions se valent-elles ?"

Pour DESCARTES, le doute est une étape nécessaire vers la vérité. Le doute est "méthodique" càd qu'il est la 1ère étape vers la connaissance. Dans Le discours de la méthode, Descartes démontre comment un « doute radical » lui permet d’éliminer toutes les erreurs, illusions.

La seule affirmation qui résiste au doute c’est « Je pense » : car douter c’est penser : Je ne peux pas douter que je pense. « Cette proposition : Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois dans mon esprit» (livre Magnard, texte 2 page 30, extrait des Méditations métaphysiques).

L’affirmation du « Je » est capitale : le « Je » c’est le sujet qui va être capable de constituer toutes les connaissances.

Ce qui sera vrai c’est ce qui sera capable de « résister au doute ».


Dernière édition par N. Vauthier (Admin) le Jeu 1 Nov - 11:41, édité 2 fois
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MessageSujet: cours raison et réel II) 2)   Jeu 1 Nov - 11:24

II) 2) Déconstruire.

Pour BACHELARD, philosophe des sciences (voir présentation dans votre livre Magnard page 315), la science se construit par oppositions :
Pour construire, il faut d’abord déconstruire.

La raison humaine doit se méfier des fausses évidences, y compris des « évidences » produites par la science elle-même, par exemple les distinctions classiques espace-temps, chose-mouvement, masse-énergie : Elles peuvent devenir des obstacles à la compréhension du réel.

Aussi la science doit se construire en surmontant ce que Bachelard nomme des « obstacles épistémologiques ».

Pour lui ces obstacles sont des représentations qui empêchent de poser correctement un problème scientifique.

Le 1er obstacle c’est « l’opinion » càd pour Bachelard, la relation courante que nous entretenons avec le réel : Nous nous contentons de l’apparence des phénomènes, de l’aspect pratique sans chercher à comprendre les causes.

Dans un sens, l’approche scientifique n’est pas « naturelle » à l’homme : Chercher une connaissance universelle et nécessaire reposant sur des principes explicatifs, théoriques, cela va à l’encontre de notre « penchant naturel » pour les certitudes facilement acquises (cf l’exemple de Boxel !)

La science doit donc opérer une « rupture épistémologique » afin de se libérer, c’est une sorte de « psychanalyse » dit Bachelard, qui doit permettre de (re)trouver le véritable esprit scientifique.

Exemple : tant que l’on s’intéresse au coté spectaculaire d’un phénomène, on s’interdit de le connaître. Bachelard parle alors de « science foraine » et illustre ceci par l’engouement pour l’électricité au 18ème siècle, qui donna lieu à toutes sortes d’ « expériences » sans but explicatif.

Dans un extrait des Fondements de l’esprit scientifique, il décrit les élèves en cours de chimie comme étant plus intéressés par les fumées, flammes, explosions que par l’analyse rigoureuse des causes des phénomènes : Il s’agit d’un intérêt « préscientifique ».

« Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. […] Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. »

« Le réel n’est jamais ce que l’on pourrait croire, mais il est toujours ce que l’on aurait du penser »

« L’esprit scientifique doit se former en se réformant » (Bachelard)
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MessageSujet: raison et réel, II, 3) construire   Jeu 1 Nov - 11:42

II - comment atteindre la vérité ?
3) construire



L’activité scientifique par excellence c’est « savoir poser des problèmes » écrit Bachelard.

La réflexion nait de l’observation d’un « fait-polémique » ou « fait-question » (Bachelard) c'est-à-dire un fait qui contredit une loi, théorie tenue pour vraie.

Toute la démarche scientifique va consister à construire une nouvelle hypothèse qui permette de rendre compte de ce fait même si cela doit entraîner la remise en question de la théorie admise jusque là.

Voir dans le livre Magnard les explications sur « 4 thèses fondamentales » selon Bachelard (bas de la page 314).

Pour Bachelard « rien n’est donné, tout est construit ». La science n’est pas la simple observation des faits « bruts » mais elle est interrogation permanente de la nature à travers des expériences artificiellement fabriquées en laboratoire mais qui permettront ensuite d’expliquer les phénomènes tels qu’ils se produisent dans la nature.

C’est ce qu’écrit Kant :
"Que toute notre connaissance commence avec l'expérience, cela ne soulève aucun doute. (1) (…) Ainsi, chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l'expérience et c'est avec elle que toutes commencent (2)
Mais si toute notre connaissance débute avec l'expérience, cela ne prouve pas qu'elle dérive toute de l'expérience »(3)
(Kant, intro, Critique de la raison pure)


explication de cette citation :

(1) Notre recherche de la vérité prend racine dans notre étonnement, notre curiosité à l’égard de phénomènes que nous percevons dans la nature.

(2) Il n’y a donc pas de connaissance absolument indépendante des sens, par la « raison pure », ici Kant s’oppose aux rationalistes comme Descartes, qui rejetent totalement le recours à l’expérience et qui pensent que la raison seule peut comprendre le réel.

(3) C’est la « raison » qui interroge la nature, dit Kant, qui la force à répondre aux questions qu’elle lui pose. (= « rationalisme critique »). L'observation seule, non guidée ne produit pas de vérité non plus (= critique d'un empirisme naïf)


D'où le lien indissociable entre théorie et expérience (au sens d'expérimentation) : texte de Bachelard et son explication page 330 dans le livre Magnard.

EXEMPLES :

On peut lire aussi le récit de la découverte par SEMMELWEIS de la nécessité de l'asepsie au 19ème siècle (exemple utilisable) livre page 324-325.
ainsi que l'un des textes de Claude BERNARD sur la démarche expérimentale en biologie, notamment la place de l'observation d'un fait-polémique et l'hypothèse mise en place pour y répondre. (le célèbre exemple des "lapins carnivores" : livre pages 326 et 327 : l'exemple des lapins est ds le texte 2)




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MessageSujet: raison et réel, III 1a, 1b   Jeu 1 Nov - 12:23

III Des limites à cette recherche de la vérité ?
1) Faut-il parfois se contenter d’opinions ?


a) Non, l’opinion « ne pense pas », « elle est le 1er obstacle à surmonter ». La science ne peut pas être une simple « connaissance commune augmentée », complétée, « la science s’oppose absolument à l’opinion » écrit Bachelard.

b) Cependant il existe des domaines où une connaissance « scientifique » n’est pas possible : L’opinion c’est la seule voie possible dans tous les domaines qui relèvent de « LA CONTINGENCE » càd les domaines où aucune certitude absolue n’est possible, par exemple la politique.
Pourtant le débat d’idées, la confrontation d’opinions est nécessaire au progrès de la société.

« La discussion politique est sans conclusion, bien qu’elle ne soit pas sans décision » écrit Paul RICOEUR (20ème),

c'est-à-dire qu’il faut débattre, trouver des solutions, faire évoluer la loi, tenir compte de l’évolution des moeurs etc …tout en sachant qu’il n’y a pas « une vérité » mais seulement un « accord » intellectuel sur une solution qui parait majoritairement adaptée. (ex : débat sur l’euthanasie)

Dans ces domaines il faut au contraire se méfier du « spécialiste » qui prétendrait connaitre et imposer « la » vérité sur le sujet.

2) L’opinion peut-elle avoir de la valeur ?

Le mot « opinion » en français est ambivalent :

1) Sens négatif : préjugé, ignorance, absence de réflexion personnelle, donc manipulable, versatile, superficielle, basée sur les sens, les apparences. (= opposition à la connaissance rationnelle, c'est le sens que l'on péjoratif que l'on retrouve dans l'allégorie de la caverne ou chez Bachelard))
2) Sens positif : « liberté d’opinion », forme essentielle de liberté, affirmation de soi, de ses idées (le « majeur » décrit par Kant qui a « le courage de se servir de son propre entendement ».)

Dans ce deuxième sens, l’opinion sous-entend une certaine réflexion, un « point de vue » particulier, parfois du courage. On dit bien qu’on « se forge » une opinion, donc ce n’est pas toujours le simple reflet de ce qu’on entend.

L’opinion (dans ce 2ème sens) est au-delà du simple préjugé (qui lui est reçu passivement). D’ailleurs on dit « C’est mon opinion », on ne dira jamais « c’est mon préjugé ». L’opinion est consciente, le préjugé ne l’est pas !

Même si l’opinion n’est pas au niveau de la connaissance rationnelle, elle a une valeur, elle est un intermédiaire entre la connaissance et l’ignorance dit Diotime à Socrate dans Le Banquet de Platon :

Diotime : Et tu penses que ce qui n'est pas savant est ignorant ? Tu ne t'es donc pas aperçu qu'entre science et ignorance il existe un intermédiaire ?
Socrate : Et quel est-il ? —
Diotime : Avoir des opinions correctes sans être capable d'en rendre raison, ne penses-tu pas que ce n'est ni savoir (car une chose privée de raison, comment serait-elle science ?), ni ignorance (car ce qui se trouve atteindre ce qui est, comment serait-ce une ignorance ?) ; je suppose que l'opinion correcte est quelque chose de ce genre : un intermédiaire entre le savoir et l'ignorance.
Socrate : Tu as raison.


Pour Diotime, l’ignorance n’est pas consciente d’elle-même, la connaissance au contraire est consciente d’elle-même. Elle estime que parfois on peut avoir une « opinion correcte » càd une réponse adaptée sur un problème sans être vraiment capable de le justifier. (par exemple en politique ou en morale).
Pour elle l'opinion correcte ou opinion « droite » a donc une valeur.

Par contrecette opinion deviendrait dangereuse si elle voulait se faire passer pour une véritable connaissance car là elle deviendrait dogmatique.



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MessageSujet: raison et réel III - 2) s'approprier la vérité ?   Jeu 1 Nov - 12:50

III - Des limites à cette recherche ?
2) s'approprier la vérité ?


Certains affirment rechercher objectivement la vérité mais cherchent en réalité à se l'approprier.
c'est le principe du dogmatisme.

a) La "vérité" comme outil de domination

la reconstruction de l'histoire:

La propagande en général : On peut penser à un exemple littéraire utilisable en devoir

1984 et la ferme des animaux de Georges ORWELL :

Dans ces deux oeuvres, Orwell montre comment le dictateur s'efforce de fabriquer une vérité qui soit conforme à ses désirs, une "histoire officielle" qui lui donne toujours raison : d'où la réecriture des journaux du passé afin que les déclarations passées du disctateur soient toujours en accord avec ce qui s'est déroulé ensuite !!!

b) "les martyrs" :

Mourir pour une idée confère-t-elle de la valeur à cette idée ?
Lire ce texte de Nietzsche c-dessous :

Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d'une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu'aucun martyr n'eut jamais le moindre rapport avec la vérité. Dans la façon qu'a un martyr de jeter sa certitude à la face de l'univers s'exprime un si bas degré d'honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d'esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu'on le réfute. La vérité n'est pas une chose que l'un posséderait et l'autre non (...). Plus on s'avance dans les choses de l'esprit, et plus la modestie, l'absence de prétentions sur ce point deviennent grandes : être compétent dans trois ou quatre domaines, avouer pour le reste son ignorance (...). Les martyrs furent un grand malheur dans l'histoire : ils séduisirent. Déduire (...) qu'une cause pour laquelle un homme accepte la mort doit bien avoir quelque chose pour elle - cette logique fut un frein inouï pour l'examen, l'esprit critique, la prudence intellectuelle. Les martyrs ont porté atteinte à la vérité. Il suffit encore aujourd'hui d'une certaine cruauté dans la persécution pour donner à une secte sans aucun intérêt une bonne réputation. Comment ? Que l'on donne sa vie pour une cause, cela change-t-il quelque chose à sa valeur ? (...) Ce fut précisément l'universelle stupidité historique de tous les persécuteurs qui donnèrent à la cause adverse l'apparence de la dignité. Nietzsche

Vous pouvez (pour le plaisir) comparer ce texte et la chanson de Georges Brassens "Mourir pour des idées" : "Mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente ! ...." où Brassens s'interroge (et se moque) sur ceux qui mettent leur vie en jeu pour une idée ... qui sera peut-être périmée demain ....
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MessageSujet: Re: TS cours "La raison et le réel" II et III (cours + textes)   Aujourd'hui à 21:59

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