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 Le scientifique : "responsable" de ses découvertes

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N. Vauthier (Admin)
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Nombre de messages : 393
Date d'inscription : 19/09/2005

MessageSujet: Le scientifique : "responsable" de ses découvertes   Lun 5 Déc - 8:03

-La dépendance de la science à l'égard de la société

Avec le développement du capitalisme la science acquiert donc un nouveau statut de relative dépendance à l'égard de la société et de ses exigences. Même si la recherche fondamentale se pratique apparemment sans lien avec les intérêts politiques ou financiers, les travaux scientifiques sont toujours susceptibles d’être exploités à des fins techniques par un état ou par une société privée désireuse d'accroître ses profits.

Même les travaux les plus désintéressés peuvent faire l'objet d'une exploitation parfois inattendue : Ainsi des travaux d'anthropologues américains sur les tribus indiennes furent lus avec profit par les autorités : Mieux connaître ces populations, c'est aussi connaître leurs faiblesses (structure des groupes, rivalités) et ... en tirer parti pour lutter contre elles.

Parfois même des scientifiques vont collaborer directement à l'exploitation technique de leur découvertes à des fins politiques. Ainsi de très grands savants américains, Prix Nobel pour certains (par exemple Charles Townes, Prix Nobel de physique en 1964, inventeur du laser), firent partie de "la Division Jason", institution dont le but était d'élaborer des armes performantes pour la guerre du Vietnam (bombes guidées par rayon laser, téléguidées par ordinateur etc). Ici le scientifique n'est plus qu'un ingénieur militaire.

Il est d'ailleurs à noter (ce qui confirme l'opposition faite par Platon) qu'aucun de ces scientifiques n'a fait de découvertes importantes pendant la période où ils ont servi la Division Jason. Ceci parait confirmer le fait que l'exploitation technique des découvertes peut être préjudiciable à la recherche fondamentale.

Le plus intéressant dans ce cas là est sans doute la réaction des autres scientifiques à l'égard de leur éminents collègues membres de cette Division. D'une façon générale, peu s'émurent de la responsabilité de ces physiciens dans la participation active à la guerre. Certains crûrent même (ou firent semblant de croire ?) que ces scientifiques avaient pu avoir une influence bénéfique sur les politiques (éviter l'utilisation de la bombe atomique), ou que "sauver le monde libre" pouvait être une noble motivation.

Toutes ces explications, si tant est qu'elles soient plausibles, tendent d'une façon générale à justifier ce type d'activité, et évitent en réalité de se poser clairement la question de la responsabilité morale des scientifiques. D. Schiff résume ainsi le problème : "Un Prix Nobel complice de crimes de guerre reste, aux yeux des scientifiques, avant tout un très grand savant"'. Cette histoire est révélatrice de l'ambiguité (voire de l'inconfort !) de la place qu'occupé le scientifique dans la société contemporaine.

Le sociologue E. Morin analyse le cas d'Einstein, montrant par là que le scientifique est pris dans des enjeux politiques auxquels il n'est pas préparé alors même que son intervention peut jouer un rôle capital :

"Einstein s 'est cru profondément responsable devant l'humanité quand il a, dans un premier temps, lutté contre les préparatifs militaires. IL s'est cru encore plus responsable devant l'humanité quand il est intervenu pour la fabrication de la bombe atomique. L'exemple d'Einstein est éclairant : L'esprit le plus génial ne dispose pas des conditions lui permettant de penser la science dans la société, c'est-à-dire connaître la place et le rôle de la science dans la société. "

Edgar Morin conclut en disant que le chercheur a (depuis l'origine de la science) une "éthique du connaître" qui est la recherche de la connaissance pour elle-même. Mais cette connaissance ne doit pas être désintéressée au point d'ignorer "les intérêts politico-économiques qui utilisent eux en fait cette connaissance ".

Ce problème se retrouve (ou se retrouvera) dans le cas de la génétique. Peut-on la qualifier seulement de recherche fondamentale et la considérer indépendamment de toute implication technique ? Une telle séparation parait bien irréaliste et est déjà contredite par les faits.

Ici l'opposition antique de la science et de la technique devient obsolèt (dépassée). Même sans savoir si la découverte scientifique pourra être la source d'une invention technique, elle est déjà considérée comme telle. Cela sous-entend qu'il n'est plus possible de penser la science indépendamment de ses répercutions économiques.

On peut donc penser que la recherche pourrait s'orienter vers des domaines a priori rentables : Ne vaut-il pas mieux par exemple travailler sur l'élaboration d'un vaccin contre le sida avec les formidables profits que l'on peut imaginer que sur une maladie génétique très rare et donc peu "rentable" ? Il peut certes paraître choquant de ramener les souffrances des gens à des considérations purement économiques. Mais n'est-ce pas de plus en plus en ces termes-là que le problème est (hélas) posé ? (Il conviendrait par exemple de s'interroger sur les critères retenus pour allouer un budget à telle ou telle recherche.)
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